La place des frères et sœurs quand un enfant a des besoins particuliers
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

La place des frères et sœurs quand un enfant a des besoins particuliers
Module 16 · Besoins particuliers et neurodivergence · Article 11 · Wave 3 · tous les âges
Dans une famille où un enfant a des besoins particuliers, il y a souvent un autre enfant, ou plusieurs, dont le vécu est plus discret et plus facile à laisser de côté. Le frère ou la sœur. Celui qui regarde une grande partie de l’attention, de l’énergie et de l’inquiétude de la famille couler vers son frère ou sa sœur, et qui apprend, parfois, à demander moins, à se faire facile, à ne pas ajouter à une charge qui paraît déjà pleine. Cet article parle de cet enfant-là, parce que son vécu est réel et important, et que, dans le tourbillon du soutien à un enfant qui a des besoins particuliers, il peut discrètement passer à la trappe.
Dans une famille à deux foyers, ça se joue dans les deux maisonnées, le déséquilibre d’attention et ses effets étant présents dans chacune. Le but ici n’est pas de laisser entendre que l’enfant aux besoins particuliers ne devrait pas recevoir le soutien dont il a besoin ; bien sûr que si. C’est de veiller à ce que les besoins du frère ou de la sœur ne disparaissent pas au passage, parce qu’un enfant peut se retrouver négligé sans qu’on le veuille, non par manque d’amour, mais par la seule force d’attraction des besoins plus grands d’un autre.
Le vécu de l’autre enfant
Le frère ou la sœur d’un enfant qui a des besoins particuliers traverse un vécu bien à lui, qu’il vaut la peine de comprendre de son côté à lui. Il voit souvent une large part de l’attention, du temps et de l’énergie de la famille aller vers son frère ou sa sœur, non par une quelconque injustice voulue, mais parce que celui qui a des besoins particuliers en demande réellement plus. Il assiste parfois à des comportements difficiles, à des crises, à des moments de débordement. Il peut endosser des rôles de soin au-delà de son âge. Il peut sentir, sans réussir à le formuler, que ses propres besoins sont plus petits et moins urgents, qu’il n’y a pas de place pour qu’il ait, lui aussi, besoin de choses.
Ça peut produire un mélange de sentiments que l’enfant a du mal à exprimer, et pour lesquels il peut culpabiliser. De la jalousie envers celui qui reçoit plus d’attention, aussitôt suivie de culpabilité pour cette jalousie, puisqu’il voit bien que son frère ou sa sœur est vraiment en difficulté. Le sentiment que ses propres besoins passent en second. Parfois une pression à être celui qui ne pose pas de problème, qui n’ajoute rien, le bon élève qui rattrape les difficultés de la famille. Parfois de la solitude, ou le sentiment d’être oublié.
Rien de tout ça ne veut dire que l’enfant n’aime pas son frère ou sa sœur, et rien de tout ça n’en fait un mauvais frère ou une mauvaise sœur. Ce sont des réactions normales à une situation familiale vraiment exigeante, et il faudrait que ces sentiments soient compris et qu’on leur fasse de la place, plutôt que jugés ou ignorés. Un enfant à qui on permet d’avoir des sentiments compliqués au sujet de sa situation, sans qu’on lui en fasse honte, s’en sort bien mieux que celui dont on attend qu’il aille bien sans nuance et qu’il se sacrifie.
Le risque de l’enfant de verre
Il existe un nom qu’on donne parfois à l’enfant qui devient si facile, si peu exigeant, si visiblement « sans souci » qu’il en devient presque invisible dans l’attention de la famille : l’enfant de verre, celui que le regard traverse pour aller jusqu’au frère ou à la sœur qui demande plus. Ça vaut la peine de le nommer, parce que c’est le risque précis à guetter.
L’enfant de verre fait face au déséquilibre d’attention en ne demandant rien, en ne faisant pas de vagues, en mettant ses propres besoins sous silence pour ne pas alourdir la charge de la famille. Il a souvent l’air de celui qui est facile, celui pour qui on ne se fait pas de souci, et c’est fréquemment celui qui porte en silence des besoins non satisfaits, précisément parce qu’il a appris à ne pas les exprimer. Ça rejoint les motifs de l’enfant parfait et de l’enfant qui va « trop bien » que décrivent les modules sur le comportement et la vie émotionnelle : un enfant qui semble étonnamment bien, qui n’ajoute jamais de problème, gère peut-être de vrais besoins hors de ta vue.
Le risque, c’est que l’invisibilité de l’enfant de verre s’auto-entretienne. Il ne demande rien, donc il reçoit moins d’attention, donc il apprend à demander encore moins, et ses besoins s’enfoncent davantage. Pour briser ça, il faut que le parent aille activement vers l’enfant facile, au lieu d’être reconnaissant de sa facilité et de le laisser tranquille. L’enfant qui ne demande rien est souvent celui qui a le plus besoin que tu ailles vers lui quand même, le même principe que pour l’enfant en retrait, appliqué au frère ou à la sœur qu’on laisse de côté.
Protéger les besoins du frère ou de la sœur dans les deux foyers
Le travail concret, c’est de veiller à ce que les besoins du frère ou de la sœur soient satisfaits, délibérément, dans les deux foyers, plutôt que d’être étouffés par les demandes plus grandes de l’enfant aux besoins particuliers. Quelques choses aident.
Le temps en tête-à-tête est la protection centrale. Le frère ou la sœur a besoin d’un temps dédié avec un parent qui n’est qu’à lui, où il est au centre, et pas la toile de fond des besoins de l’autre. C’est difficile à dégager quand un enfant demande tant, mais ça vaut la peine de le protéger farouchement, parce que c’est le signal le plus clair que tu puisses lui envoyer : il compte, et il ne passe pas en second. Même de petites doses d’attention vraiment en tête-à-tête, dans chaque foyer, font un vrai travail. Les deux parents qui protègent un peu de ce temps, dans les deux maisonnées, donnent à l’enfant ce signal aux deux endroits.
Reconnaître son vécu compte aussi. Le frère ou la sœur se porte mieux quand un parent nomme, doucement, que sa situation est réelle et pas toujours facile. Qu’il a le droit d’avoir des sentiments compliqués au sujet d’un frère ou d’une sœur aux besoins particuliers. Que ses besoins à lui sont réels et comptent, même si l’autre demande beaucoup. Cette validation, le fait que tu le voies, lui et son vécu, contre le sentiment d’être invisible ou secondaire.
Ne pas trop le charger de soin en fait partie. Les frères et sœurs d’enfants aux besoins particuliers aident souvent, ce qui peut être sain, mais on ne devrait pas les transformer en petits soignants qui sacrifient leur propre enfance aux besoins de la famille. Veiller à ce que le frère ou la sœur ait le droit d’être un enfant, avec sa propre vie, ses propres activités, ses propres besoins satisfaits, plutôt qu’un auxiliaire de vie pour son frère ou sa sœur, le protège d’une charge qui n’est pas la sienne à porter.
Et dans les deux foyers en particulier, ça aide que les deux parents soient attentifs au vécu du frère ou de la sœur, pour que l’enfant ne passe pas à la trappe aux deux endroits. Un enfant vu et mis en avant dans un foyer mais invisible dans l’autre vit une expérience incohérente. Les deux foyers qui gardent les besoins du frère ou de la sœur en vue, et qui, dans l’idéal, se coordonnent pour qu’il ait une attention dédiée et ne soit pas trop chargé dans l’un comme dans l’autre, c’est ce qui sert le mieux l’enfant.
Les deux enfants, tous les deux réels
Le cadre qui tient tout ça, c’est que les besoins des deux enfants sont réels et que les deux devraient être satisfaits, même s’ils sont différents et même si les besoins de l’un sont plus bruyants. Ce n’est pas une compétition entre les enfants, et il ne s’agit pas de prendre à l’enfant aux besoins particuliers pour donner au frère ou à la sœur. Il s’agit d’une famille qui, dans ses deux foyers, garde tous ses enfants en vue, y compris celui dont les besoins sont assez discrets pour qu’on les laisse de côté.
Un enfant qui a des besoins particuliers devrait recevoir le soutien dont il a besoin, pleinement. Et son frère ou sa sœur ne devrait pas disparaître au passage : son propre vécu vu et accueilli, ses propres sentiments à qui on fait de la place, son propre temps en tête-à-tête protégé. Les deux peuvent être vrais en même temps, et une famille qui parvient à tenir les deux, même imparfaitement, même quand elle est tiraillée, donne aux deux enfants ce dont ils ont besoin. Que les besoins du frère ou de la sœur soient satisfaits, ce n’est pas un luxe qui entre en concurrence avec le soutien à l’enfant aux besoins particuliers ; ça fait partie du soin apporté à toute la famille.
Pour finir
Le frère ou la sœur d’un enfant aux besoins particuliers vit un vécu réel et facile à laisser de côté, voyant souvent une grande part de l’attention de la famille couler ailleurs et apprenant à demander moins, ce qui peut produire des sentiments compliqués, jalousie, culpabilité, sentiment de passer en second, qui appellent de la compréhension plutôt que du jugement. Guette surtout l’enfant de verre, celui qui fait face en devenant si facile qu’il en devient invisible, et va vers lui au lieu de te réjouir de sa facilité. Protège délibérément ses besoins dans les deux foyers, par un temps en tête-à-tête dédié, par la reconnaissance de son vécu, et en ne le chargeant pas trop de soin. Et tiens le cadre selon lequel les besoins des deux enfants sont réels et les deux devraient être satisfaits, ceux de l’enfant discret autant que ceux de l’enfant bruyant.
En soutenant l’enfant qui demande plus, ne laisse pas l’enfant qui a besoin de toi disparaître en silence. Tes deux enfants sont réels, tous les deux devraient être vus, et aller vers celui qui est facile fait partie du soin apporté à toute ta famille.
Le frère ou la sœur qui ne demande rien est souvent celui qui a le plus besoin qu’on aille vers lui. Veille à ce que l’enfant discret ne disparaisse pas derrière les besoins bruyants de celui qui est à côté de lui.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.