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Module 06 · Plannings et rotations

Quand un parent se déplace pour le travail

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges10 min de lecture
Quand un parent se déplace pour le travail

Quand un parent se déplace pour le travail

Module 06 · Plannings et rotations · Article 16 · v3 · tous les âges


Dimanche soir. La valise est dans l’entrée. L’avion de lundi matin part à 6 h 40. Ton fils de neuf ans est dans le bain et tu l’entends fredonner la chanson de son spectacle de classe. Il sait que tu prends l’avion demain. Il sait que tu seras rentré jeudi soir. Il n’est pas inquiet ; c’est un rythme avec lequel il vit depuis des années. Ce qu’il ne sait pas, c’est la conversation que tu as avec ton co-parent depuis quelque temps : est-ce que le planning peut continuer à absorber ces déplacements à mesure qu’il grandit ? Les voyages se sont allongés. Le poste a pris de l’ampleur. Le planning plie, et on ne sait pas trop jusqu’où il peut encore plier.

Cet article parle d’une réalité structurelle précise. Le travail d’un parent suppose des déplacements réguliers. Pas des colloques de temps en temps. Des absences qui reviennent, souvent une fois par mois ou davantage, et que le planning familial doit absorber en plus de tout le reste. Métiers de la vente, du conseil, certaines spécialités médicales, l’aérien, l’armée, les missions qui s’étalent sur plusieurs villes. Environ une famille séparée sur sept a au moins un parent dans ce cas. La conception du planning change quand c’est le tien.

Le problème structurel

Les schémas décrits dans ce module (le 2-2-3, le 5-2-2-5, une semaine sur deux) partent du principe que les deux parents sont disponibles de façon fiable les jours où ils sont de garde. Un parent qui se déplace trois semaines sur quatre ne rentre pas dans cette hypothèse.

Quand ce n’est pas nommé, deux choses se passent.

Le temps de présence du parent qui voyage devient, en pratique, des semaines en plus pour le co-parent. Sur le planning, le parent qui voyage est présent du lundi au vendredi, mais en vrai il est absent du mardi au vendredi. Le co-parent comble l’écart. Au fil des mois et des années, le planning dit 50/50 et la réalité vécue dit 30/70. Le co-parent fait plus de travail parental que ne le laisse penser le planning, sans que ce soit reconnu.

L’enfant prend l’habitude de semaines de présence régulièrement chamboulées. Le planning dit qu’il est chez le parent qui voyage. La moitié de la semaine, il est avec une troisième personne (un grand-parent, une nounou, un ou une partenaire). Le temps de présence est structurellement instable. Il s’y fait, mais il prend l’habitude de l’idée que le temps d’un de ses parents n’est pas fiable.

Ces deux choses se gèrent ; aucune des deux ne se gère toute seule. Le planning a besoin d’être honnête au sujet des déplacements.

Les deux approches

Les familles avec un parent qui voyage finissent en général par adopter l’un de deux schémas structurels.

Le 50/50 souple. Le planning reste nominalement 50/50, et les semaines de présence du parent qui voyage se décalent quand les déplacements professionnels sont les plus lourds. Une façon de faire qui marche : le parent qui voyage confirme son agenda de déplacements six semaines à l’avance ; le planning familial se construit autour ; le parent qui est réellement sur place cette semaine-là prend les jours. Le planning n’est pas figé ; il répond au calendrier de travail.

Le planning asymétrique. Le planning reflète la disponibilité réelle. Le parent qui ne voyage pas a la semaine d’école comme base stable ; le parent qui voyage a du temps concentré quand il est là, souvent les week-ends et les vacances. Le planning n’est pas 50/50 ; il est ce qui fonctionne.

La plupart des familles se situent quelque part entre les deux. Un partage 60/40 qui s’assouplit autour des déplacements. Une base en semaine dans un foyer, avec des week-ends prolongés et des vacances dans l’autre.

La bonne réponse dépend de trois choses : combien le parent qui voyage se déplace (un tiers du temps ou les trois quarts du temps, ce ne sont pas les mêmes réponses) ; à quel point ces déplacements sont prévisibles (des plannings fixes ou des voyages au coup par coup) ; et comment les déplacements évoluent dans le temps (stables, en hausse, en baisse).

Quand le planning est souple

Quelques éléments font tenir le 50/50 souple.

De longs délais de prévenance sur les déplacements. Le parent qui voyage a besoin de connaître son agenda six à huit semaines à l’avance, idéalement. Les voyages de dernière minute qui bousculent le planning sont un autre problème. (L’article 11 traite des conflits ponctuels.) Pour un schéma de base fait de déplacements fréquents, le travail doit être assez prévisible pour que le planning familial puisse se caler dessus.

Une cadence claire pour le poser. Certaines familles posent le planning au mois. D’autres au trimestre. La cadence doit coller au rythme du travail. Soignants avec des plannings mensuels ; consultants avec une visibilité par cycle de mission ; pilotes de ligne avec des plannings à huit semaines. La conversation sur le planning vit au même rythme que la conversation sur le travail.

Un décompte du temps à parts égales sur une période plus longue. Une semaine donnée peut être à 30/70. Le trimestre est à 50/50. L’année est à 50/50. Les deux parents acceptent qu’un mois isolé soit déséquilibré et que l’arc plus long s’équilibre. Cela demande de la confiance et un suivi.

Un cadre clair quand le parent qui voyage est sur place. Quand il est là, il est vraiment là. Le temps de présence est tenu, présent, riche en rituels. Pas une présence à moitié qui rivalise avec les mails et le linge. C’est l’intensité du temps sur place qui rend l’asymétrie vivable.

Le rôle d’appui du parent qui ne voyage pas est nommé. Le co-parent qui prend les jours que le parent qui voyage ne peut pas assurer fait un vrai travail. Il faut que ce soit visible. Merci d’avoir pris le mardi cette semaine. Je sais que le changement est tombé à la dernière minute. Pas transactionnel ; juste reconnu. C’est cette reconnaissance, au fil des années, qui empêche le ressentiment de s’accumuler.

Quand le planning est asymétrique

Quelques éléments font fonctionner un planning structurellement déséquilibré.

Il est nommé, pas nié. Le planning est ce qu’il est. 30/70 ou 40/60. Les deux parents le disent à voix haute. Le parent qui voyage ne fait pas semblant d’être un parent à 50/50 coincé dans une semaine contrainte. L’asymétrie est la structure réelle.

Le parent qui voyage utilise son temps avec intention. Avec moins de temps, le choix de la façon de le passer compte davantage. Les rituels du week-end. Les fenêtres de vacances. Les plus grands voyages que le parent de la semaine d’école ne peut pas faire aussi facilement. Le rôle du parent qui voyage est différent, pas moindre ; c’est le rôle d’une présence intense sur des plages concentrées.

Le parent qui ne voyage pas est la base stable. La semaine d’école, les devoirs, le quotidien. Le parent qui ne voyage pas est le foyer-repère, au sens structurel de l’article 06. C’est dans ce foyer que vit toute l’infrastructure scolaire de l’enfant.

Le lien à travers l’absence reste chaleureux. Coups de fil, appels vidéo, contact régulier pendant les déplacements. Pas seulement aux passages de relais prévus. Le parent qui voyage et qui reste une présence quotidienne dans les échanges de l’enfant n’est pas le même que celui qui est absent, même depuis un hôtel dans une autre ville.

Les vacances et les étés compensent. Le planning asymétrique de la semaine d’école s’équilibre parfois par des vacances qui penchent vers le parent qui voyage. Le parent qui voyage prend la plus grande part de l’été, la plus longue fenêtre de Noël, des vacances scolaires. Le partage du temps sur l’année s’équilibre sur l’ensemble.

Ce que vit l’enfant

Quelques schémas fréquents chez les enfants de parents qui voyagent.

Il développe le sens de quand le parent est là. Même les jeunes enfants comprennent que Papa est là le week-end, que Maman est en déplacement la semaine prochaine. Ils se fabriquent des calendriers intérieurs. C’est très bien, et même adaptatif, à condition que le calendrier soit à peu près juste.

Il tolère bien l’absence quand le retour est fiable. L’enfant dont le parent voyage souvent et revient toujours quand il l’a dit s’en sort. L’enfant dont le parent voyage souvent et dont le retour est imprévisible commence à développer des schémas d’anxiété. La fiabilité compte plus que la quantité absolue de temps.

Il idéalise parfois le parent qui voyage. Le parent qui est plus souvent absent est souvent celui dont le retour devient une fête. Papa est là ce week-end. L’enfant développe une légère idéalisation du parent qui voyage et traite parfois le parent qui ne voyage pas comme celui qui est ennuyeux mais fiable. C’est normal ; ça ne devient généralement pas nocif, sauf si l’asymétrie est extrême.

Il s’inquiète parfois pour le parent qui est parti. Surtout quand le déplacement va vers des endroits dont l’enfant a entendu parler et qui l’ont inquiété (un pays dont on parle aux infos pour la météo ou la politique). Un petit ancrage suffit : Je suis à tel endroit, tout va bien, je t’appelle avant le coucher. Pas besoin d’en dire beaucoup.

Il profite d’un petit rituel de retour. La même chose chaque fois que le parent qui voyage rentre. Un repas particulier. Une promenade ensemble. Une histoire précise. La répétition donne à l’absence une fin nette.

Quand les déplacements augmentent

Un schéma qui mérite d’être nommé. Les déplacements professionnels grossissent au fil des ans. Le poste prend de l’ampleur. Les voyages qui étaient occasionnels deviennent réguliers. Le planning qui marchait avec 25 % de déplacements ne marche plus avec 50 %.

Quelques points à regarder quand c’est ce qui se passe.

Est-ce que le planning continue de s’appeler 50/50 ? Si le planning dit toujours 50/50 mais que le parent qui voyage est en fait moins présent que ça, le planning n’est plus juste. Le décalage devient structurel. Mets le planning à jour.

Est-ce que le co-parent comble l’écart ? Si oui, il faut que ce soit visible. Soit on restructure le planning pour qu’il reflète ce qui se passe, soit on compense ailleurs (financièrement, en temps d’été, ou en allégeant clairement la charge des passages de relais pour le parent qui n’est pas de garde).

Est-ce que l’enfant le remarque ? L’enfant qui avait un parent fiablement là la plupart des jours de semaine et qui ne l’a plus que deux fois par mois vit un changement. Surveille les schémas d’anxiété, les changements de sommeil, le comportement à l’école. (L’article 04 a la grille de repérage.)

Est-ce que ce rythme de déplacements est tenable ? C’est la conversation plus longue. Certains parents qui voyagent arrivent à un point où le travail doit changer parce que le planning ne peut plus l’absorber. Ce n’est pas à toi de décider à la place du co-parent ; ça vaut parfois la peine de le nommer quand l’effet sur les enfants commence à se voir.

Quand les déplacements diminuent

Moins fréquent, mais à nommer aussi. Le travail du parent qui voyage change ; les déplacements se réduisent ; le voilà soudain disponible comme il ne l’était pas.

Quelques points qui comptent ici.

Le planning peut être restructuré. Le schéma asymétrique qui était juste quand le parent voyageait 60 % du temps n’est peut-être plus juste quand le même parent voyage 10 % du temps. Ça mérite une conversation délibérée, pas un simple glissement.

L’enfant s’est construit autour de l’ancien schéma. Il s’est adapté à l’absence du parent. Le parent nouvellement disponible ne devient pas du jour au lendemain le parent du quotidien. La réintégration prend des mois, parfois plus.

Le parent qui ne voyageait pas a construit une vie autour de son rôle de base stable. Cette vie ne se défait pas en une nuit quand le parent qui voyage devient disponible. Passer d’un parent qui fait 70 % du quotidien à un schéma plus équilibré demande du soin, pas seulement une mise à jour du planning.

Pour finir

Un parent qui voyage n’est pas un parent au rabais. C’est un parent avec une contrainte structurelle que le planning doit prendre au sérieux. Le planning qui fait comme si la contrainte n’existait pas échoue. Le planning qui la nomme honnêtement fonctionne.

La plupart des familles avec un parent qui voyage finissent, au bout d’un an ou deux, par s’installer dans un schéma qui colle au travail et qui donne à l’enfant un foyer-repère, avec, dans le second foyer, du temps choisi et concentré. Ça marche à tout âge, à condition que le lien soit entretenu à travers les absences et que la conversation sur le planning reste honnête.

Dimanche soir. La valise est dans l’entrée. Ton fils de neuf ans sort du bain dans une serviette et te demande où tu vas cette fois. Tu lui dis. Il demande combien de dodos. Tu réponds quatre. Il dit : Vendredi, c’est le spectacle, tu seras rentré pour. Tu dis oui. Il file dans sa chambre. L’avion part à 6 h 40 demain. Jeudi soir tu seras à la maison. Vendredi matin il t’aura au spectacle. Le planning tient.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.