La paix de ne plus avoir besoin d’être compris par l’autre
By the dip team · 11 min de lecture

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 96 · Wave 2
Il y a un fantasme bien particulier qui tourne depuis le moment où la séparation a commencé : qu’un jour, l’autre comprendra. Qu’il verra ton point de vue. Qu’il reconnaîtra ce qui s’est vraiment passé. Vers le dix-huitième ou le vingtième mois, tu remarques que ce fantasme s’est arrêté de tourner, sans bruit. Tu n’en as plus besoin. La paix qui arrive quand ce besoin se relâche est petite, sans éclat, et c’est l’un des plus grands cadeaux de l’étape 3.
Cet article parle de ce que le besoin d’être compris faisait pour toi, des raisons pour lesquelles le fantasme a duré si longtemps, des quatre signes que le besoin s’est relâché, de la façon dont ce relâchement se produit, et de ce qui devient possible une fois qu’il a eu lieu.
Ce que le besoin d’être compris faisait pour toi
Le besoin d’être compris par le co-parent ressemblait à une préférence émotionnelle. En réalité, c’était structurel. Ça tenait plusieurs morceaux de toi en place.
Trois choses que ce besoin faisait.
1. Te garder en conversation avec l’autre. Pas la conversation réelle. La conversation intérieure, celle où tu continuais à plaider ta cause. Pendant de longues heures de répétition mentale, tu défendais les arguments qu’il n’avait pas acceptés, tu justifiais des décisions qu’il avait mal comprises, tu expliquais un contexte qu’il n’avait jamais reçu. Cette conversation intérieure a tourné pendant des années.
2. Tenir une certaine version de toi-même. La version de toi qui avait été lésée, ou qui avait eu raison, ou qui s’était assez démenée, ou qui avait fait le choix difficile pour les bonnes raisons. Cette version-là avait besoin d’un témoin. L’autre était le témoin qu’elle ne cessait d’espérer.
3. Suspendre une partie du deuil. Si l’autre finissait par comprendre, l’échec du mariage aurait une forme plus nette. Il y aurait un récit reconnu. Sans cette reconnaissance, l’échec reste en partie ambigu, et les échecs ambigus sont plus difficiles à pleurer. Le besoin d’être compris, en partie, repoussait le moment de tourner la page.
Ce besoin, ce n’était pas une erreur de l’avoir. C’était une réponse raisonnable à une situation dure. C’était aussi coûteux. La conversation intérieure, la version de toi maintenue à bout de bras, le deuil suspendu, tout ça mobilisait une bande passante qui n’était plus disponible pour le reste de ta vie.
Pourquoi le fantasme a duré si longtemps
Aux étapes 1 et 2, le fantasme était difficile à lâcher, pour des raisons précises.
1. Ça ressemblait à un renoncement. Lâcher le besoin, c’était comme accepter que l’autre ne verrait jamais ton point de vue. Et accepter, ça ressemblait à une perte. Le fantasme était plus facile à entretenir que cette perte.
2. Des confirmations de temps en temps le maintenaient en vie. Parfois, l’autre reconnaissait un bout de ce que tu disais depuis le début. Une petite concession. Un moment où il s’adoucissait. Chacun de ces instants nourrissait le fantasme qu’une compréhension complète était peut-être en chemin. Le renforcement intermittent, c’est le plus puissant qui soit.
3. Des amis ou des proches communs ont parfois fait passer des messages partiels. Il a dit quelque chose qui laisse penser qu’il commence à voir ton point de vue. Ces rapports de seconde main rendaient le fantasme crédible. Le moment de vérité complet était toujours sur le point d’arriver.
4. Le narrateur intérieur voulait pouvoir refermer le récit. La part de toi qui raconte construisait l’histoire de ce qui s’était passé. Cette histoire avait besoin que les deux personnages atterrissent là où le narrateur les avait placés. Si le co-parent atterrissait sur une autre lecture, l’histoire n’était pas finie.
5. L’énergie du ressentiment nourrissait le fantasme. Le ressentiment et le besoin d’être compris sont liés. Le ressentiment, c’est en partie le résidu d’un tort jamais reconnu. Chaque poussée de ressentiment relançait le besoin de reconnaissance, qui relançait le fantasme.
Le fantasme était tenace parce que tant de parts de toi y avaient un intérêt. Le lâcher demandait de lâcher à plusieurs endroits en même temps.
Les quatre signes que le besoin s’est relâché
La plupart des parents ne choisissent pas de relâcher ce besoin. Le relâchement se produit, souvent sans décision consciente, et c’est après coup qu’ils s’en aperçoivent.
Quatre signes que c’est relâché.
Signe 1 : tu peux penser au mariage sans plaider ta cause
Quand le mariage te revient en tête, tu peux le passer en revue sans plaider intérieurement pour ta version. Les événements sont là. Ta lecture est là. Le tribunal intérieur qui tournait pendant ces pensées s’est tu.
C’est parfois le premier signe. La conversation intérieure, tout simplement, se produit beaucoup moins.
Signe 2 : sa version rapportée ne t’active plus
Quelqu’un mentionne ce que le co-parent raconte à propos de la séparation. Sa version est différente de la tienne ; elle est peut-être même injuste. Tu enregistres la différence et tu ne te sens pas tiré à la corriger.
L’activation qui était automatique avant n’est plus là. L’impulsion de rectifier s’est affaiblie.
Signe 3 : tu arrêtes de raconter l’histoire
Avant, tu racontais les passages importants du mariage à des amis, à la famille, parfois à de nouvelles connaissances. Ce récit servait le besoin d’être compris par quelqu’un, à défaut de l’être par le co-parent.
À l’étape 3, le besoin relâché, le récit se réduit. Les nouvelles personnes n’ont plus droit à la version complète. Les vieux amis n’ont plus droit aux mises à jour récurrentes. L’histoire a cessé d’être quelque chose que tu as besoin de continuer à transmettre.
Signe 4 : tu peux imaginer ne jamais être compris par l’autre et te sentir bien
Le test : imagine que le co-parent ne voie jamais ton point de vue. Qu’il ne reconnaisse jamais ce que tu voudrais voir reconnu. Qu’il parte dans la tombe avec sa version intacte.
Si imaginer ça produit encore un pincement aigu, le besoin est encore actif. Si ça produit quelque chose qui ressemble plutôt à un haussement d’épaules, le besoin s’est relâché.
La plupart des parents qui atteignent ce signe le trouvent étrange. Ce haussement d’épaules ne leur est pas familier. Ça ne ressemble pas à la page tournée qu’ils croyaient attendre. Ça ressemble juste à l’absence de l’attente.
Comment le relâchement se produit
Le relâchement n’est en général pas une décision. C’est l’érosion progressive des conditions qui maintenaient le besoin actif.
Quatre facteurs.
1. Le travail de deuil qui est en cours. Les articles 16, 28 et d’autres décrivent la trajectoire du deuil. À mesure que le deuil s’intègre, le besoin d’être compris par le co-parent diminue, parce que sa compréhension faisait en partie partie de ce que tu pleurais.
2. D’autres gens qui te comprennent. Des amis qui comprennent. Des proches qui ont fini par évoluer. Un ou une psy qui a saisi. Ton enfant qui, en grandissant, comprend parfois sans qu’on lui dise rien. La faim de la compréhension du co-parent s’apaise à mesure que d’autres sources de compréhension s’accumulent.
3. La compréhension de toi-même qui s’approfondit. Les articles 51, 52 et 60 parlent des changements liés à toi à l’étape 3. À mesure que ta propre compréhension de ce qui s’est passé devient plus claire et plus posée, le besoin d’une validation extérieure de cette compréhension diminue. Tu n’as plus besoin que l’autre confirme ce que tu sais désormais.
4. Le temps lui-même. Une part du relâchement, c’est juste le temps qui fait ce que le temps fait. Les événements du mariage passent de la vie présente à la vie d’avant. Le besoin de voir comprises les choses de la vie d’avant s’affaiblit à mesure que ces choses deviennent vraiment du passé.
Les quatre facteurs travaillent ensemble. Aucun, à lui seul, ne produirait le relâchement. C’est leur combinaison, au fil des mois, qui le fait.
Ce qui devient possible une fois le besoin relâché
L’état relâché n’est pas qu’une absence. Plusieurs choses deviennent possibles, qui ne l’étaient pas.
1. La bande passante qui faisait tourner la conversation intérieure
Les heures de répétition mentale, sur des mois et des années, c’était une vraie dépense. Relâchée, cette bande passante va vers autre chose. De nouvelles pensées, de nouveaux projets, le contenu réel de ta vie plutôt que le plaidoyer inachevé.
La plupart des parents trouvent que leur attention s’affûte nettement à l’étape 3, et c’est en partie pour ça. Il y a simplement plus d’attention disponible.
2. Un autre rapport à ta propre histoire
Quand tu n’as plus besoin que l’autre confirme l’histoire, tu peux la tenir plus légèrement. Tu n’as plus à maintenir la version qui réclamait sa reconnaissance. La version qui émerge est souvent plus juste, plus proche de ce qui s’est vraiment passé, moins façonnée par la cause que tu plaidais.
Cette justesse est en soi un cadeau. La version des événements du mariage que tu trimballais était en partie déformée par le fait d’être un plaidoyer. La version relâchée est plus proche du vrai.
3. Des relations plus nettes avec les autres
Les gens qui avaient été recrutés au service du besoin (des amis priés de confirmer ta vision, de la famille priée de prendre parti, parfois un enfant prié de valider son parent) sont libérés eux aussi. Les relations redeviennent ce qu’elles sont vraiment, plutôt que ce qu’elles faisaient pour le besoin.
Certaines amitiés découvrent qu’elles sont plus intéressantes sans le plaidoyer. D’autres découvrent qu’elles tournaient surtout autour de ce plaidoyer, et s’éteignent doucement une fois qu’il est terminé.
4. La capacité d’avoir tort sur quelque chose
Quand le besoin était actif, avoir tort sur quoi que ce soit en lien avec le mariage était menaçant. Ça risquait de fragiliser tout le plaidoyer. Le plaidoyer dissous, tu peux avoir tort sur des choses précises sans que ça menace quoi que ce soit.
C’est parfois le bénéfice inattendu. Tu peux regarder le mariage et voir des endroits où ton comportement n’était pas juste, où ta lecture était fausse, où ta contribution à la dynamique était réelle. Le voir ne défait pas ton sentiment de toi-même. Ça ajoute juste de la justesse.
5. La vraie conversation, si elle a lieu un jour
C’est paradoxal. Le relâchement du besoin d’être compris rend parfois le fait d’être compris plus possible. Quand tu cesses de pousser pour l’obtenir, le co-parent se détend parfois et offre quelque chose. Cette offrande est bien plus petite que ce dont tu avais eu besoin, et elle arrive longtemps après le moment où tu en avais besoin, mais elle est réelle.
La plupart des parents, en fin d’étape 3 ou à l’étape 4, reçoivent au moins un de ces moments de la part du co-parent : une brève reconnaissance, une petite concession, l’aveu d’un tort partiel. Le moment passe sans bruit, parce que le besoin qui l’aurait voulu n’est plus là.
Et la pleine réconciliation des compréhensions
Certains parents se demandent si ce relâchement signifie renoncer à la possibilité que le co-parent comprenne un jour vraiment. Non.
Ce que ça signifie, c’est que cette possibilité ne dirige plus ton présent. Tu peux laisser ouverte l’idée que, dans vingt ans, lors d’un grand moment de famille, ou vers la fin de la vie, ou dans un instant inattendu, une compréhension plus pleine se pose entre vous. Laisser cette porte ouverte, c’est très bien. Ce que tu ne fais plus, c’est en avoir besoin.
La distinction compte. L’espoir mû par le besoin te garde dans la configuration. La possibilité laissée ouverte te permet de vivre en dehors de la configuration, la possibilité toujours sur la table, sans rien exiger.
Quand le besoin revient
Certaines semaines, le besoin revient. Une conversation particulière, une remarque particulière, un événement particulier, et te voilà à plaider de nouveau ta cause intérieurement, ou à souhaiter qu’il voie ton point de vue.
Trois choses à faire.
1. Le remarquer. Le nommer suffit en général à le desserrer. Là, j’ai de nouveau besoin d’être compris. La ténacité du besoin diminue quand on lui met une étiquette.
2. Retrouver ce qui l’a déclenché. En général, un événement précis a réactivé le vieux schéma. Identifier le déclencheur t’aide à voir le retour comme circonstanciel, plutôt que comme la preuve que le relâchement n’était pas réel.
3. Attendre que ça passe. Les retours durent de quelques jours à quelques semaines. Ils s’apaisent d’eux-mêmes. Tu n’as pas besoin de refaire le travail de relâchement. Le relâchement est toujours en place ; le retour est temporaire.
À la troisième ou la quatrième année, les retours sont moins fréquents et durent moins longtemps. Le relâchement est solide, même quand il n’est pas absolu.
Aide-mémoire
Ce que le besoin d’être compris faisait :
- Te garder en conversation intérieure avec l’autre.
- Tenir une certaine version de toi-même.
- Suspendre une partie du deuil.
Cinq raisons pour lesquelles le fantasme a duré aux étapes 1 et 2 :
- Le lâcher ressemblait à un renoncement.
- Des confirmations de temps en temps le maintenaient en vie.
- Des contacts communs faisaient passer des messages partiels.
- Le narrateur intérieur voulait refermer le récit.
- Le ressentiment nourrissait le fantasme.
Quatre signes que le besoin s’est relâché :
- Tu peux penser au mariage sans plaider ta cause.
- Sa version rapportée ne t’active plus.
- Tu as arrêté de raconter l’histoire.
- Tu peux imaginer ne jamais être compris par l’autre et te sentir bien.
Comment le relâchement se produit (quatre facteurs) :
- Le travail de deuil qui s’intègre.
- D’autres gens qui te comprennent.
- La compréhension de toi-même qui s’approfondit.
- Le temps lui-même.
Cinq choses qui deviennent possibles :
- La bande passante qui faisait tourner la conversation intérieure.
- Un autre rapport à ta propre histoire.
- Des relations plus nettes avec les autres.
- La capacité d’avoir tort sur des choses précises sans que ce soit menaçant.
- La vraie conversation, si elle a lieu un jour (paradoxalement plus possible sans le besoin).
Quand le besoin revient :
- Le remarquer.
- Retrouver ce qui l’a déclenché.
- Attendre que ça passe (quelques jours à quelques semaines).
- Moins fréquent et plus court à la 3e ou la 4e année.
Être compris par l’autre n’est pas nécessaire pour que ta vie ait du sens. La compréhension dont tu avais besoin, c’est celle que tu peux te donner à toi-même.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.