
Étape 3 · Un an et au-delà · Article 113 · Wave 3
Ta famille a suivi son propre parcours à travers tout ça. Tes parents, tes frères et sœurs, peut-être des oncles et des tantes, peut-être la famille du co-parent restée liée par les enfants, chacun a eu sa réaction à la séparation, son propre cheminement, son propre rythme. À l’étape 3, tu vois les schémas clairement : qui s’est rapproché, qui a pris ses distances, qui s’est comporté d’une façon qui t’a surpris. Le parcours n’est pas terminé, mais sa forme est visible, et il y a un travail à faire pour l’accueillir.
Cet article aborde les quatre formes que prennent souvent les liens familiaux après une séparation, ce qui change dans ta relation avec tes propres parents, quoi faire avec la famille du co-parent, le travail au long cours avec les frères et sœurs, et comment intégrer ces changements familiaux en même temps que ceux qui touchent les amitiés.
Les quatre formes que prennent souvent les liens familiaux
Les liens familiaux ne sont pas des amitiés. Les attaches structurelles sont différentes : le sang, une histoire plus longue, moins de choix. Après une séparation, les liens familiaux suivent souvent des schémas qui ne collent pas tout à fait à ceux des amitiés. Quatre schémas courants.
Schéma 1 : l’approfondissement
Un membre de la famille devient nettement plus proche après la séparation. Un parent qui répond présent, un frère ou une sœur qui s’avance, un cousin qui se révèle, contre toute attente, important. Le lien qui était toujours là a désormais plus de substance.
C’est l’équivalent familial des amitiés qui se sont approfondies (article 111). Les conditions sont semblables : la capacité, la volonté, et le fait que ce proche dispose de ses propres ressources intérieures.
Schéma 2 : la continuité stable
Le lien ne change pas beaucoup. Ta relation avec tel proche était ce qu’elle était avant la séparation ; elle est ce qu’elle est maintenant. La séparation ne l’a pas déplacée de façon notable, dans un sens ou dans l’autre.
C’est le schéma le plus courant en famille : la plupart des liens familiaux ont une forme installée que la séparation ne modifie pas en profondeur.
Schéma 3 : la transformation sous tension
Le proche s’est comporté, pendant la séparation, d’une façon qui a mis le lien sous tension. Il a mal pris parti. Il a dit des choses qui n’aidaient pas. Il a ramené la situation à lui. Le lien continue, parfois au même niveau de surface, mais quelque chose a bougé en dessous.
Vu de l’extérieur, ces liens ressemblent souvent au schéma 2 (la continuité stable), mais de l’intérieur, ils ne se vivent pas pareil.
Schéma 4 : le repli ou le retrait
Un proche a pris ses distances. Il a été moins disponible que tu ne l’espérais. Il s’est retiré de la situation d’une façon qui a laissé un vide durable. Le lien continue à plus basse température, et cette plus basse température est peut-être définitive.
Le retrait familial tient parfois à l’incapacité propre du proche, parfois à une loyauté envers le co-parent, parfois à un malaise devant ce que la séparation représente. La cause compte moins que l’effet.
La plupart des parents, à l’étape 3, verront les quatre schémas à travers différents liens familiaux. Ce mélange est l’équivalent familial de la façon dont les amitiés se sont réparties.
Ce qui change dans ta relation avec tes propres parents
Pour les parents dont les propres parents sont encore en vie, la relation parent-enfant se déplace souvent nettement pendant une séparation. Cinq déplacements courants.
1. Ils t’ont vu dans un état qu’ils n’avaient plus vu depuis l’enfance. Les enfants adultes présentent en général à leurs parents une version maîtrisée d’eux-mêmes. À travers la séparation, cette maîtrise a souvent lâché. Ils t’ont vu pleurer, enrager, désespérer, perdre tes repères. Cette mise à nu a changé quelque chose entre vous.
2. Ils sont devenus concrètement utiles comme ils ne l’avaient pas été. De l’aide logistique. De la garde. Parfois un soutien financier. Parfois un endroit où atterrir. Cette aide concrète a parfois été la première fois depuis des années qu’on avait besoin d’eux de façon tangible.
3. Leurs propres couples, ou leur propre histoire, sont devenus pertinents autrement. S’ils sont encore en couple, ce couple est devenu un point de repère d’une manière neuve. S’ils sont séparés ou veufs, leur expérience est devenue quelque chose où puiser. La couche intergénérationnelle de l’expérience de couple était surtout silencieuse jusque-là ; elle est devenue audible.
4. Leurs limites sont devenues visibles. Les façons dont tes parents sont limités en tant que personnes, sur le plan émotionnel, pratique, dans leur capacité à aider, sont souvent devenues plus visibles pendant la crise. Cette visibilité a parfois été utile, parfois douloureuse, souvent les deux.
5. Les rôles ont commencé à s’inverser légèrement. Tu es peut-être à des décennies d’être le parent de tes parents au sens plein, mais les petites inversions ont commencé. Toi qui t’occupes de choses dont ils s’occupaient autrefois. Toi qui es le plus solide dans certains contextes. Ces premières inversions sont en général discrètes, mais réelles.
Les cinq déplacements n’arrivent pas tous, et le mélange varie selon les familles. Mais ce sont les cinq ajustements les plus courants de la relation parent-enfant que produit une séparation.
Quoi faire avec la famille du co-parent
La famille du co-parent, en particulier les grands-parents de tes enfants, pose une question spécifique. C’était autrefois ta belle-famille. Maintenant, c’est la famille de l’autre parent. Le lien continue à cause des enfants, mais sa structure est différente.
Trois principes.
Principe 1 : c’est le lien des enfants qui compte
Si les enfants ont un lien qui compte avec la famille du co-parent, grands-parents, oncles, tantes, ce lien gagne à se poursuivre. Ton rôle est de soutenir cette continuité, pas de l’interrompre pour des raisons qui tiennent à ta relation à ces personnes plutôt qu’à celle des enfants.
Cela demande parfois un effort. Veiller à ce que les enfants passent du temps avec ces proches. Communiquer sur leur vie. Leur permettre d’être présents aux événements des enfants.
Principe 2 : ta relation avec eux n’a pas besoin d’être proche
Tu n’as pas à entretenir la même chaleur qu’avant avec la famille du co-parent. La courtoisie, un respect de base, une communication adaptée. Tu peux apprécier tel beau-parent en particulier sans maintenir, avec la belle-famille dans son ensemble, la proximité de l’époque du couple.
Le déplacement de ta relation avec eux est adapté au changement de structure. Ce ne sont plus tes beaux-parents ; ce sont les autres grands-parents, oncles et tantes des enfants. La forme juste de la relation a changé.
Principe 3 : attention à la triangulation
Parfois, la famille du co-parent cherche à t’enrôler, ou à se laisser enrôler, dans des dynamiques avec le co-parent. Lui rapporter des choses sur toi. Te transmettre des messages de sa part. Tenter d’influencer le co-parent à travers toi.
Ne participe pas. Des réponses brèves et polies. La communication directe avec le co-parent reste avec le co-parent. Le canal de la famille et le canal du co-parent sont séparés, et ne devraient pas servir à se triangulariser l’un l’autre.
Quand la famille du co-parent a largement coupé le lien, ils ne te voient plus, ils n’échangent plus avec toi, la question de comment te situer avec eux change. Le lien des enfants avec eux compte toujours ; ta relation est ce qu’elle est. N’essaie pas de raviver ce qu’ils ont terminé.
Le travail au long cours avec les frères et sœurs
Les liens entre frères et sœurs ont souvent des dynamiques particulières dans une séparation. Trois schémas à guetter.
Schéma 1 : un frère ou une sœur qui prend pleinement le rôle de soutien
L’un d’eux devient le membre de la famille qui porte le plus de toi. Il prend des nouvelles. Il vient. Il aide sur le plan logistique quand il le peut. Il devient l’équivalent familial de l’ami avec qui le lien s’est approfondi.
Ce frère ou cette sœur s’épuise parfois. Guette-le. Porter de façon disproportionnée n’est pas tenable indéfiniment, et celui qui porte ne demande en général pas de relève.
Schéma 2 : un frère ou une sœur chez qui remonte un ressentiment ou une distance anciens
Parfois, la crise révèle un lien fraternel qui n’était pas ce que tu croyais. Des ressentiments, des distances, des jugements jusque-là invisibles le deviennent. La crise met au jour un terrain qui était déjà là.
Ces révélations sont en général douloureuses et en général instructives. Le lien fraternel, désormais, devra intégrer ce qui est maintenant visible.
Schéma 3 : un frère ou une sœur qui traverse sa propre épreuve
Un frère ou une sœur dont la vie est, en ce moment, très exigeante peut être largement absent de ta crise simplement parce qu’il ne peut pas être présent. Son absence ne parle pas de toi ; elle parle de sa bande passante.
C’est parfois dur à lire sur le moment. Au fil des années, le lien reprend en général sa forme antérieure une fois vos deux périodes aiguës passées.
Le travail fraternel après une séparation suppose souvent de :
- Reconnaître celui qui a porté. Si un frère ou une sœur a porté plus que sa part, nomme-le, à un moment. Pas dans une logique de dette accumulée ; juste une reconnaissance.
- Réparer quand c’est possible. Certains liens fraternels mis sous tension peuvent se réparer. Une conversation directe sur ce qui s’est passé, sur ce que chacun a vécu, sur ce qui aiderait pour la suite.
- Accepter ce qui ne peut pas se réparer. Certains liens fraternels étaient déjà sur des trajectoires que la séparation n’a pas créées mais a révélées. Les trajectoires continuent. Les accepter est parfois le seul travail possible.
Intégrer les changements familiaux en même temps que ceux des amitiés
Les changements familiaux et les changements d’amitiés arrivent en même temps. Les uns et les autres sont des pièces d’une restructuration plus large de ton monde social et relationnel. Trois principes pour les intégrer.
Principe 1 : des types de liens différents ont des formes différentes
Les liens familiaux sont structurellement durables d’une façon que les amitiés ne sont pas. Tu verras tes frères et sœurs aux événements de famille pour le reste de ta vie, que le lien soit excellent ou sous tension. Les amitiés relèvent davantage du choix. Le travail d’intégration n’est pas le même pour chacun.
N’applique pas la logique des amitiés à la famille, ni celle de la famille aux amitiés. Ce sont des choses différentes.
Principe 2 : toute l’architecture sociale s’est reconfigurée
Fais de temps en temps le tour de l’ensemble. Qui est proche. Qui est à mi-distance. Qui est loin. Qui est parti. L’architecture est ce qu’elle est maintenant. Le tableau est parfois différent de ce que tu aurais imaginé, et presque toujours plus petit que ce que tu avais avant.
Cette reconfiguration n’est pas une fin. C’est une nouvelle configuration.
Principe 3 : construis pour ce qui vient
L’architecture d’aujourd’hui n’est pas celle qu’elle sera dans cinq ans. De nouveaux membres de la famille arriveront peut-être (les enfants de tes frères et sœurs, les partenaires de tes enfants, peut-être ton propre futur partenaire). De nouvelles amitiés se formeront. D’anciens vides se combleront, ou resteront ouverts.
Le travail de l’étape 3, c’est de maintenir ce qui fonctionne, de faire le deuil de ce qui ne fonctionne plus, et de rester ouvert à ce qui vient. Le monde social et familial se reconfigure au fil des années ; sa forme actuelle n’est pas la dernière.
Quand les changements incluent la perte d’un proche
Certains parents, à l’étape 3, perdront un proche durant cette période, un parent, un grand-parent, parfois un frère ou une sœur. Ces pertes s’ajoutent à celles de la séparation.
Trois principes quand cela arrive.
1. Les pertes ne se soustraient pas l’une à l’autre
Le chagrin d’une perte familiale n’est pas allégé par celui de la séparation, et l’inverse non plus. N’essaie pas de rationner ton chagrin. Chaque perte reçoit tout son poids.
2. La séparation a peut-être façonné qui était là pour la perte familiale
Si tu fonctionnais avec une bande passante réduite à cause de la séparation, tu as peut-être été moins présent auprès du proche qui est mort que tu ne l’aurais été autrement. Cet ajustement rétrospectif est parfois dur à intégrer.
C’est du chagrin par-dessus du chagrin. Cela mérite le temps qu’il faut.
3. Certains proches prennent plus d’importance après une perte
Parfois, la mort d’un parent change la relation avec le parent qui reste. Parfois, la perte d’un frère ou d’une sœur change les liens avec ceux qui restent. La reconfiguration produite par la séparation se trouve reconfigurée à nouveau par la perte.
Ces reconfigurations qui s’enchaînent sont épuisantes. Elles font aussi partie de ce que signifie vivre une longue vie.
En bref
Quatre formes que prennent souvent les liens familiaux :
- L’approfondissement.
- La continuité stable (la plus courante).
- La transformation sous tension.
- Le repli ou le retrait.
Cinq déplacements dans ta relation avec tes propres parents :
- Ils t’ont vu dans un état caché depuis l’enfance.
- Ils sont devenus concrètement utiles.
- Leurs propres couples, ou leur histoire, sont devenus pertinents autrement.
- Leurs limites sont devenues visibles.
- Les rôles ont commencé à s’inverser légèrement.
Trois principes au sujet de la famille du co-parent :
- C’est le lien des enfants qui compte.
- Ta relation avec eux n’a pas besoin d’être proche.
- Attention à la triangulation.
Trois schémas fraternels :
- Un frère ou une sœur qui prend le rôle de soutien (guette l’épuisement).
- Un frère ou une sœur chez qui remonte une distance ancienne.
- Un frère ou une sœur qui traverse sa propre épreuve.
Le travail fraternel :
- Reconnaître celui qui a porté.
- Réparer quand c’est possible.
- Accepter ce qui ne peut pas se réparer.
Intégrer les changements familiaux et amicaux :
- Des types de liens différents ont des formes différentes.
- Toute l’architecture sociale s’est reconfigurée.
- Construis pour ce qui vient.
Quand une perte familiale survient pendant cette période :
- Les pertes ne se soustraient pas l’une à l’autre.
- La séparation a peut-être façonné qui était là pour elle.
- Les proches qui restent prennent parfois plus d’importance.
Pour finir
La famille, ce sont les liens qu’on ne choisit pas vraiment. Le travail n’est pas d’en faire ce qu’on choisirait. C’est de les voir tels qu’ils sont, de tenir ceux qui comptent, et de laisser le reste être ce qu’il est.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.